Guerre 39/45

Guerre 39/45

Nous finissons les battages à la ferme du Trembly, quand un mécanicien reçu sa feuille de mobilisation, cela perturba l’ambiance des battages, ça sentait la guerre. C’était un samedi soir

La semaine suivante, les hommes mobilisables furent appelés. Il fallait mener les chevaux à la réquisition à la Clayette. Elle se déroulait sur la place devant l’hôtel de Bourgogne. Les meilleurs furent réquisitionnés et emmenés à Mâcon par les réservistes les plus âgés.

Manque d’hommes, manque de chevaux, les travaux de fin d’année se firent avec difficultés. Au front il ne se passait pas grand chose, chaque jour les journaux nous informaient qu’il n’y avait « Rien à signaler », cela durera tout l’hiver. On parla alors de la drôle de guerre.

Au printemps, un avion Allemand s’écrasa dans un champ entre Ozolles et Colombier. C’était un samedi après midi, le lendemain je suis allé voir l’épave à vélo.

Nous étions confiants, si les Allemands n’attaquaient pas, c’est qu’ils ne se sentaient pas assez forts. Et puis, nous avions notre ligne Maginot. Je me souviens que lorsque nous allions à la foire à Charolles des chansonniers nous chantaient sur un air connu à l’époque « Viens Hitler sur la ligne Maginot, nos poilus t’attendent tout là haut et si vraiment ça te presse, il te botteront les fesses, viens Hitler sur la ligne Maginot »

Nous étions jeunes, nous revenions de la foire gonflés et rassurés. Nous devions vite déchanter. Quelle stupeur! le onze mai lorsque les journaux nous apprirent que l’ennemi avait envahi la Belgique. Nous étions consternés. En même temps arrivèrent des réfugiés Luxembourgeois qui furent logés dans les maisons vacantes de la commune. A Mans, il y en avait bien une vingtaine. Ils étaient très sympathiques. Les hommes aidèrent à faire les foins. Ils repartirent le premier août. Ils avaient hâte de retourner chez eux. Il nous arriva aussi un couple âgé qui venait de Melun. Ils nous supplièrent de les héberger, ils ne sont jamais retournés chez eux, ils sont morts à Dyo.

Tous les jours les nouvelles étaient de plus en plus catastrophiques. Les armées Allemandes avançaient avec une rapidité que rien n’arrêtait. Le vingt juin, ils étaient en Saône et Loire. Un matin nous vîmes passer à Mans des voitures (il y en avait pourtant peu à l’époque) qui fuyaient, il y avait aussi des vélos. Nous restions trois jeunes au village Jean DELORME, Jean Marie MORIN et moi, nous fûmes pris de panique puisque d’autres se sauvaient, nous devions en faire autant. Le père Rousel, notre réfugié de Melun nous disait: où voulez-vous aller pour être plus en sécurité qu’à Mans? Après nous être concertés, nous avions décidé d’aller voir au bourg ce qui s’y passait. Nous sommes donc partis à vélo. Le bourg était calme. Deux anciens de la commune discutaient sur la place. Ils avaient fait la guerre de 1914, il leur était dur après quatre années passées dans les tranchées de constater que cela n’avait servi à rien. Ils accusaient lés gouvernements de ne pas être capables d’empêcher à l’Allemagne de réarmer.

Nous avons alors décider d’aller jusque chez le père Bouillard qui tenait le café du Vieux Bourg, nous y avons trouvé d’autres jeunes, nous y avons joué aux quilles toute la soirée et nous sommes rentrés à Mans. Le lendemain, nous ne regrettions pas d’être revenus, nous entendions sur la grande route le bruit des camions roulant vers le sud. Puis nous avons été coupé du monde, sans nouvelles car les journaux arrivaient mal à Mans. Personne n’avait la S.F.A. (téléphone sans fil). Au mois de juillet nous avons su qu’un armistice avait été signé, que les conditions étaient très dures, beaucoup de soldats étaient faits prisonnier, une quarantaine à Dyo. Les combattants qui avaient eu la chance d’échapper à l’occupant rentrèrent les uns après les autres. Les familles de ceux qui avaient été emmenés en Allemagne durent attendre parfois longtemps pour avoir des nouvelles.

Ce n’est qu’au cour de l’hiver 1940 1941 que nous avons appris que le gouvernement de Vichy avait le 30 juillet 1940 « Crée les chantiers de la jeunesse Française ». Que tous les jeunes gens de la zone non occupée seraient appelés par classe à l’âge de vingt ans pour un stage de huit mois remplaçant le service militaire supprimé au lendemain de l’armistice. J’étais concerné.

Les premiers appelés, furent les trois derniers mois de la classe 1939, ceux de la classe 1940, ensuite ceux de la classe 1941, presque tous furent incorporés à Monestier de Clermont, quelques un du dernier contingent allèrent à Villars de Lans. Tous ceux de la classe de 1942 et 1943 allèrent à Villars de Lans.

Si les appelés des classes 1939, 1940 et 1941 ne furent plus inquiets dans nos campagnes, il n’en fut pas de même pour les classes 1942 et 1943 qui furent reprises pour le travail en Allemagne (S.T.O.). Tous devinrent des réfractaires, ils se cachèrent dans les fermes isolées ou prirent le maquis. C’était une période ou personne n’était rassurée.

A mesure que l’occupation se prolongeai, la disette se faisait de plus en plus dure à supporter. On avait faim dans les villes, surtout dans celles qui étaient importantes. Depuis le début les Lyonnais arrivaient par le train, ils venaient de plus en plus nombreux.. Ils descendaient en gare de Dyo et parcouraient la campagne pour quémander légumes, pain, farine, beurre, oeufs et fromages. Des cousins perdus de vue, se manifestaient pensant qu’ils seraient accueillis comme il se devait. Nous en avions un qui venait de Lyon, il ne payait pas le train pour cueillir des pissenlits. Les associations, elles mêmes étaient sollicitées, à Dyo les jeunes de la jeunesse agricole catholique avaient accepté de fournir des pommes de terre et des choux raves à des familles Mâconnaises. Ces légumes, il fallait les emmener à Beaubery dans une ferme chez un monsieur « Baisse » ou un camion venait les chercher. nous étions donc partis deux attelages, Jean Dury, Louis Vaizant et moi. Ce monsieur habitait après le bourg sur la route qui descend à la gare.

Lorsque nous sommes arrivés chez ces gens que nous ne connaissions pas, nous avons vu qu’ils ne nous faisaient pas bon accueil, nous en avons compris la raison lorsqu’ils nous ont dit: Les Allemands sont à Beaubery. Ils ont eu un accrochage avec le maquis dans les bois de Montmelard, nous sommes inquiets. Nous avons compris que nous arrivions vraiment mal pour eux et pour nous. Pour ne pas les importuner trop longtemps et repartir le plus vite possible, nous avons déchargé nos chars. Nous n’avions pas encore terminé que nous avons vu arriver les camions militaires descendre en direction de la gare.. Aussitôt déchargés, nous ne nous sommes pas attardés, nous avions hâte d’être passés le bourg, sur la route de Vaudebarrier. .

Nous avons su par la suite que les gens du bourg étaient inquiets pour nous et qu’ils étaient contents de nous voir repartir. C’était le 14 novembre 1943.

Un autre souvenir, c’était le débarquement allié, les hommes de la commune étaient requis pour surveiller les voies du chemin de fer. Ce soir là, j’étais requis avec Jean Louis Lathuillere, nous étions partis la nuit avec nos bâtons pour assurer la garde, je crois que devions surveiller du viaduc à Lavaux. Nous étions allés nous placer au milieu de notre champ d’action dans la petite cabane située vers le pont de Monrocher. C’était sans doute là que devaient se mettre tous les requis. A deux heures du matin, la relève arriva, c’était le père SEURRE des Près Neufs, je ne me souviens pas de son coéquipier, nous les avons remerciés et nous sommes rentrés. Seulement le lendemain le père SEURRE en rentrant chez lui passat nous dire « Pendant que vous gardiez, la voie a sauté ». Elle a sauté à la hauteur de la ferme Devillard (aujourd’hui maison Taillardat), nous l’avons signalé à la gendarmerie. Ils nous ont dit qu’ils allaient faire une enquête et qu’ils viendraient après midi. Nous les avons jamais vus, quelques temps après, c’est le pont de Coptier qui sauta à son tour. Le trafic fut interrompu.

Le temps fut encore long pour arriver au 8 mai 1945, il s’en est passé des choses, je pense en particulier au 22 août 1944 ou deux de nos amis tombaient victimes de la barbarie nazi

Il faisait beau ce huit mai 1945, je me souviens du rassemblement au monument aux morts où eu lieu une cérémonie simple et émouvante. Plusieurs allocutions furent prononcées par un ancien combattant de la guerre 1914 – 1918, par un combattant de la résistance, par le président du comité de libération et j’en oubli peut-être.

Et pour apporter une preuve tangible de la fin de la guerre, un prisonnier arrivait sur la place: c’était Fernand Thereau.

Françis VERCHERE

Maire honoraire de Dyo