Mans Autrefois

Mans Autrefois

Il est loin le temps où il y avait, à Mans, beaucoup plus d’habitants qu’aujourd’hui, une vingtaine d’exploitations agricoles, deux cafés avec leurs jeux de quilles qui, chaque dimanche à la belle saison, procuraient un loisir à la jeunesse des environs. C’était le temps où il n’y avait aucune route goudronnée, où l’on arrachait l’eau du puits, où l’hiver il fallait mener boire les bêtes à la fontaine; c’était au moins une quinzaine de troupeaux qui étaient lâchés, matin et soir. Les premières sorties n’étaient pas des parties de plaisir! On s’entraidait entre voisins pour les habituer, c’était une affaire de quelques jours. Quand les bêtes savaient où on les conduisait, elles y allaient sans problèmes à condition toutefois que l’on observe une certaine discipline en fixant au départ un horaire à respecter, car, si deux troupeaux se trouvaient ensemble à l’abreuvoir, c’était la bagarre et parfois la séparation était difficile. Au sortir de l’étable, elles prenaient l’habitude de se soulager, comme nous étions sur un gros terrain, ça faisait une patouille qui faisait dire aux gens de l’extérieur: « si vous voulez trouver de la boue, vous n’avez qu’à aller à Mans, vous serez servis ! ».

C’était aussi le temps où les femmes allaient laver au lavoir, elles appréciaient, faute de mieux, leur condition, l’eau ne gelait jamais, au contraire, elle fumait quand il faisait froid. Si parfois vous passez vers le lavoir, ne vous étonnez pas du panneau « Ne charriez pas d’eau le lundi », il n’est pas d’hier. Quand on charriait de l’eau, ça baissait le niveau et les laveuses s’en plaignaient. Ce panneau n’a plus de raison d’être, c’est un souvenir.

 

C’était encore le temps où chaque – exploitation avait son lot de volailles en liberté, ses cochons que l’on menait au pré, ça faisait beaucoup d’agitation. Sans oublier les deux ou trois chèvres de chacun, et parfois plus, elles permettaient de faire de bons fromages qui étaient faciles à vendre. Les chèvres étaient mal aimées des hommes car elles saccageaient les haies, faisaient des trous dans les clôtures. Quand elles avaient décidé de sortir du pré, il fallait qu’elles y arrivent, celles des Verchères n’étaient pas les moins vagabondes du village, on les emmenait le matin avec les vaches, il n’était pas rare de les voir revenir toutes fières à midi, on les auraient moulues. Elles en ont coup des fleurs aux voisins! On les mettait en entraves en leur attachant une patte de devant avec une de derrière pour qu’elles soient moins habiles, ça les retenait un peu, mais elles avaient moins de lait. Ce n’était pas facile.

C’était le temps où l’on était pas riche, mais dont on garde de bons souvenirs.

Francis VERCHERE

Maire honoraire de Dyo